Lire l’image dans l’album, tel était l’intitulé de la conférence de Sophie Van der Linden sur la composition; le rôle et le langage de l’image.
Nous vous proposons ici une synthèse de son intervention, basée sur nos notes forcément incomplètes et illustrée d’une bibliographie.
Lire une image, ce n’est pas si facile…
Quasiment tous les enfants sont capables de tirer du sens de l’image. A ne plus lire d’images, on risque de perdre des compétences en se limitant au texte. Or la recherche souligne que cette lecture de l’image se fait d’une manière plus intuitive, sans apprentissage établi, comme lorsqu’on apprend à parler. Traitement testé même auprès de nourrissons !
La lecture de l’image apparaît dès l’origine de l’humanité (production de récits en images découverts dans une grotte en Indonésie datant de 50000 avant JC, art antique égyptien, colonne Trajane à Rome, etc.)
Dans nos cultures, la présence du récit visuel dans l’espace public disparaît parallèlement à l’évolution de la production imprimée. Dès lors, l’image apparaît comme un langage pour non-lettrés, analphabètes, etc.) D’où, aujourd’hui encore, un certain mépris pour la lecture de BD et de mangas : lecture de l’image déconsidérée dans l’ensemble.
Il y a quelque chose qui cloche de Guy Billout
A première vue, tout est normal dans ces images. Pas moyen d’y cacher sept erreurs, ni même une seule. Pourtant, quelque chose cloche… comme cette neige en plein mois de juillet...
Sophie Van der Linden évoque également les oeuvres de Chris Ware, auteur de BD américain, et de Claude Ponti.
Inspiré de R. Caldecott, Maurice Sendak, l’auteur de Max et les Maximonstres, apporte dans les années 60, une mise en page et une composition très nouvelles. La primeur est donnée à l’image, qui part du point de vue de l’enfant et qui nous fait entrer dans son imaginaire.

La lecture de l’image dans l’album commence très tôt : les études parlent de un mois de vie pour voir les images.
La photographe Tana Hoban a produit des albums pour attirer l’attention des enfants sur les formes et les silhouettes des objets.
Avant même de percevoir les couleurs, les bébés perçoivent les contrastes : le noir sur le blanc, le blanc sur le noir.


(Présent à la bibliothèque de La Ligue – H1)
De son côté, Cécile Roumiguière a fait paraître chez Seuil : le Ciel, l’Eau, la Terre, le Feu qui apporte une perception de la réalité esthétisée.




Bébés Chouettes de Martin Waddell,

Un peu perdu de Chris Haughton
(Présent à la bibliothèque de La Ligue – H2)
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Tigre, Tigre, Tigre de Joanna Hellgren, où on valorise les représentions sociales, contrairement à ce qu’on fait majoritairement en France où on met en avant les milieux bourgeois, blancs, etc

Il neige de Uri Shulevitz
Redondance absolue, l’image reprend le texte
Yacouba, de Thierry Dedieu
(Présent à la bibliothèque de La Ligue – S3)
Vraie complémentarité entre texte et image. Le texte exprime l’intériorité du héros, quand l’image raconte l’action.
Mon Chat le plus bête du monde de Gilles Bachelet
(Présent à la bibliothèque de La Ligue – B3)
L’image contredit le texte, il y a disjonction.
Le Géant de Zeralda, de Tomi Ungerer
(Présent à la bibliothèque de La Ligue – U2)
Redondance patente jusqu’à l’introduction finale d’un gros doute… qui contredit radicalement le texte
Je suis un lion de Antonin Louchard
Le sens se construit au fil de images
Ma cabane de Loïc Froissart
L’image, par des allusions, fait douter le petit lecteur de celui qui parle…
Toujours rien de Christian. Voltz
Le texte donne un point différent de l’image.
L’Afrique de Zigomar de Philippe Corentin
(Présent à la bibliothèque de La Ligue – C2)

Patatras de Philippe Corentin
(Présent à la bibliothèque de La Ligue – C2)

L’humour naît de la contradiction : jeu d’opposition texte/images,
Gare au Renard de Pat Hutchins

C’est uniquement par les images que l’on comprend le dénouement. Nécessité pour le lecteur à voix haute de poser le rythme et surtout de laisser à l’enfant le temps d’approfondir les images.
Logique d’aller-retour entre texte et image
Mon Frère le Chien de Grégoire Solotareff

Importance du cadrage avec paysage pour insister sur le thème de la domination dans le face à face des deux personnages.
Flon-Flon et Musette d’Elzbieta
Langage de vérité sur les ravages de la guerre. L’image préserve la sensibilité de l’enfant en posant des filtres (une vitre, un voile…)
Je parle comme une rivière, de Jordan Scott
(Présent à la bibliothèque de La Ligue – S3)

Convergence texte/image pour traduire le bégaiement de l’enfant. Le flou de l’image traduit son émotion.
Petit bleu et Petit jaune de Léo Lionni
(Présent à la bibliothèque de La Ligue – L1)

un univers esthétique et varié, non figuratif
à mettre en parallèle avec
On dirait qu’il neige de Rémy Charlip
Aucune image de neige ! Ce petit livre est présenté dans une enveloppe blanche translucide. Il a la particularité d’être constitué de pages… toutes blanches. Juste un petit texte en bas, qui appelle à l’imaginaire pour y voir ce qui n’y figure pas

Dinosaures de Francesco Pittau
Documentaire. Un livre qui repose sur des pictogrammes, animés par des volets, des rabats, des jeux d’ombres ou de formes, pour les jeunes enfants.
Des images dérangeantes, parfois
Papa Ballon, de Saehan Parc
Cette autrice coréenne dessine avec une règle à formes pour créer un effet singulier à cette histoire de revanche des enfants sur la domination des adultes
Le Château de Emma Adbage
recherche d’une image hyper expressive. Humour suédois qui bouscule
Une vraie démarche de créatrice : Rebecca Dautremer, qui travaille en tissant texte et image
Questions du public
– L’album sans texte : Il est au coeur de la réflexion de Sophie : de l’imagier, à la collection Cherche et trouve jusqu’à Ia série Imagine d’Aaron Becker. C’est d’abord un exercice de compréhension de l’image par les enfants qui vont reconstituer l’histoire. Ne pas avoir peur du silence. Ne pas apporter notre parole. Les enfants accèdent à l’histoire en autonomie, sans notre médiation.
– le roman graphique : plus proche de l’album qu de la BD. Interpénétration entre roman graphique et album. Le super lecteur, c’est celui qui passe aisément d’une forme d’expression à une autre.
Les ateliers de l’après-midi ont été consacrés à des analyses collectives d’albums ont été précédés de la présentation commentée collectivement de Notre Boucle d’Or de Adrien Albert.
Voici les titres travaillés dans les différents groupes








Un Abri de Adrien Parlange (Présent à la bibliothèque de La Ligue – L1)
Les trois cochons de David Wiesner
Mira, notre chien de Delphine Perret
Sept minutes et demie de Anne Brouillard, album sans texte
La Terre tourne de Anne Brouillard
Bien mieux qu’une maison de Alexis Deacon
Rouge de Michel Galvin
Fichteflou de Clarisse Lochman
Conclusion
La littérature de jeunesse se rapproche de plus en plus des besoins des enfants. C’est une littérature adressée, qui pose les questions du « pour qui ? », du « pour quoi ? »